Voici le vibrant témoignage de Sarah qui nous apporte une réflexion sur nos droits durant la grossesse et la naissance de votre bébé.
Lorsque je pense aux droits des femmes en ce qui a trait à la grossesse et à l’accouchement, je constate que mes références sur le sujet se sont construites relativement sur le tard, c’est-à-dire à partir de ma première grossesse (à l’âge de 30 ans) à laquelle j’ai choisi de mettre un terme à l’époque.
J’avais hésité longuement avant de prendre la décision, car malgré moi, j’aimais déjà ce petit être qui grandissait dans mon ventre. Lorsque j’avais pris contact avec une ressource pour prendre un premier rendez-vous préliminaire en vue de l’avortement, la démarche avait été plus lente que d’habitude comme je devais obligatoirement m’isoler pendant 14 jours minimum, nous étions au tout début de la pandémie en mars 2020.
À ce moment-là, il n’y avait pas encore de test PCR disponible; il fallait s’isoler complètement et patienter. Quand j’avais finalement pu rencontrer une infirmière en personne, il était interdit d’être accompagnée alors j’avais fait le processus seule, comme nombre d’autres femmes le font souvent. J’avais trouvé l’ensemble de l’interaction plutôt machinale.
Quand on m’avait offert le choix entre faire l’intervention à la clinique ou bien à la maison, j’avais choisi la maison parce que c’est là où je me sentais spontanément le plus en sécurité. Je n’avais pas réalisé ni bien compris les implications que ce choix entraînait. Quelques informations sur le côté mécanique de la chose avaient été fournies, un dépliant m’avait été donné pour baliser ce qui était un saignement normal versus anormal après l’intervention, les médicaments avaient été prescrits, puis j’avais vu une médecin qui m’avait informée qu’à l’expulsion, je verrais une ‘’forme’’. Je ne me rappelle pas avoir posé de questions. J’essayais d’enregistrer les informations, mais les émotions se bousculaient. Une partie de moi était honteuse, j’avais envie que ça se termine au plus vite. Je me sentais en quelque sorte impuissante et dépossédée, comme si ce que je vivais arrivait à quelqu’un d’autre. Dans une certaine forme de déni, je me disais que je devais simplement suivre les consignes et tout irait bien.
Avec le recul, j’aurais eu besoin qu’on m’explique davantage les implications du choix de vivre cette intervention à la maison, que ce soit au niveau de la gestion de la douleur, de la gestion psychologique de l’événement en soi et plus crûment, que j’aurais à gérer quoi faire avec le bébé une fois l’expulsion complétée. C’était des informations importantes, intimement liées à la santé physique et psychologique de la femme, qui malheureusement n’ont pas fait partie des informations partagées dans mon cas. Peut-être est-ce différent selon les intervenants, selon la clinique. Une chose est sûre, j’aurais aimé être accompagnée par une personne de confiance, qui puisse m’aider à faire du sens des informations partagées par la suite, ne serait-ce que pour le support moral. J’avais pris pour acquis que le système se chargerait de tout, que je pouvais me laisser porter par celui-ci. J’avais sous-estimé à quel point être mieux informée, mieux préparée, aurait fait une différence pour moi malgré le fait qu’on ne désire pas avoir à se préparer à ce genre d’événement.
Je me rappelle qu’avant ce rendez-vous, avant de faire mon choix, j’avais discuté avec une amie qui avait elle-même deux enfants. Elle m’avait partagé ses expériences d’accouchement et avait insisté sur un point, me regardant dans le blanc des yeux : « pour bien te préparer à l’accouchement, tu dois connaître tes droits. Surtout, tu as le droit d’accoucher dans la position que tu veux. C’est important que tu t’en rappelles. »
Avec le recul, combien de femmes ont vu leur droit fondamental d’être accompagnées dans les étapes d’une grossesse, d’une interruption de grossesse, d’un accouchement, mis à l’arrière-plan lors du plus gros de la crise sanitaire? Combien de femmes se font encore aujourd’hui régulièrement imposer certaines procédures pendant l’accouchement parce que la façon dont elles sont introduites le sont faites avec tellement d’aplomb par le personnel médical qu’il ne semble pas y avoir d’alternatives, et pourtant? Pour la femme et/ou les accompagnant.e.s qui traversent ces expériences pour la première fois : comment poser les bonnes questions sur un sujet dont on ne connaît encore rien? Comment s’assurer de protéger notre intégrité et notre expérience? Comment récupérer notre pouvoir et notre confiance en nos capacités décisionnelles dans un contexte où la femme a encore malheureusement trop tendance à être laissée dans l’ombre en ce qui concerne des décisions qui l’impacte directement?
Il peut parfois être paralysant de faire le tri de toute l’information disponible sur internet ou encore à travers tous les ouïes-dires. Pourtant, selon une expression bien connue: l’information, c’est le pouvoir. Par où commencer?
Connaître ses droits est à mon sens le plus beau cadeau qu’une femme peut s’offrir pour vivre une expérience en alignement avec ses valeurs, quelles qu’elles soient. C’est le point de départ qui permet d’avoir l’opportunité de nous questionner sur ces mêmes droits : lesquels résonnent le plus en moi? Qu’est-ce qui me permettra de vivre une grossesse, un accouchement, dans le respect de mes valeurs et de mes besoins? Qu’est-ce qui pour moi est non-négociable dans le genre d’expérience que je souhaite vivre versus sur quoi ai-je plus de flexibilité? Lorsque je serai dans le gros du travail, qui pourra défendre mes intérêts et protéger mon expérience alors que je serai en position de grande vulnérabilité? Ces questions de base, une fois répondues, nous permettent de partager notre vision avec les personnes qui nous accompagneront pendant la durée du travail. Savoir que les gens qui nous entourent pendant cette expérience comprennent nos souhaits, connaissent aussi nos droits et peuvent ainsi nous soutenir au meilleur de leurs capacités amène une grande sécurité. Effectuer ces réflexions avant l’accouchement nous permet de choisir le genre de naissance qu’on souhaite vivre, dans la mesure du possible, et d’arriver au jour J en s’accordant toute l’importance que mérite notre voix. Ces choix nous positionnent dans l’action et nous sortent de la passivité. Dans certains milieux de naissance peut-être un peu moins collaboratifs, connaître ses droits et avoir des alliés dans le respect de ceux-ci nous protège et nous légitimise face au personnel médical. Dans d’autres milieux très favorables au respect de nos droits, encore faut-il les connaître pour savoir où l’on se situe par rapport à ceux-ci et être en mesure de les faire appliquer.
Presque 4 ans plus tard, maintenant enceinte de 39 semaines et à la veille de mon premier accouchement, je mesure toute l’ampleur du conseil que m’a donné mon amie à l’époque et les traces qu’ont laissées mes expériences précédentes sur celle que je m’apprête à vivre. Je constate combien le fait de connaître mes droits et de m’être informée sur les différentes interventions possibles m’aident à me sentir équipée à vivre cette expérience en connaissance de cause.
Je me sens prête à m’adapter, quelle que soit la tournure des événements, mais toujours dans le respect de moi-même. C’est un sentiment que je souhaite de tout cœur à toutes les femmes qui se préparent à vivre une grossesse, un accouchement, que ce soit leur première, leur deuxième, leur cinquième! Par dessus tout, je nous souhaite de nous offrir à nous-mêmes le respect du type d’expérience que chacune d’entre nous souhaitons vivre, dans la liberté qu’apporte la connaissance de nos droits et dans la force qui émane de notre capacité à faire des choix éclairés. Ce n’est pas ce que nous méritons, mais plutôt la base à laquelle nous avons toutes droit.
Bonne journée internationale de la femme!
Chaleureusement,
Sarah
Voici un extrait du document officiel de l’ASPQ, soit l’Association pour la santé publique du Québec.
En tout temps VOUS AVEZ LE DROIT de consulter la totalité de votre dossier.
Pendant votre grossesse VOUS AVEZ LE DROIT…
• D’être informée de façon satisfaisante sur le déroulement de votre grossesse, sur le travail et l’accouchement et l’allaitement.
• De choisir le ou la professionnelLE qui vous suivra durant votre grossesse, que ce soit un médecin ou une sage-femme, et d’avoir la possibilité de changer de professionnelLE, peu importe le moment de votre grossesse.
• D’être informée sur les différents lieux de naissance (hôpital, maison de naissances, domicile), sur ce qui les caractérise (routines, règlements, taux et type d’interventions) et de les visiter.
• D’être informée des limites et des effets indésirables des médicaments et interventions suggérés.
• De refuser les médicaments et les traitements qui vous sont proposés.
• D’obtenir de votre professionnelLE des informations sur les alternatives aux médicaments et aux interventions proposés.
• D’être informée sur la possibilité pour vous d’avoir un accouchement vaginal même si vous avez déjà eu une césarienne (AVAC).
• De demander, au besoin, l’avis d’unE deuxième professionnelLE concernant une question qui vous préoccupe.
Pendant le travail et l’accouchement VOUS AVEZ LE DROIT…
• De vivre le travail et la naissance de votre bébé à votre rythme et sans intervention que vous ne souhaitez pas. • D’être accompagnée par les personnes de votre choix pendant toute la durée du travail et de l’accouchement. • De refuser d’être examinée par des étudiantEs.
• D’être informée des motifs et des effets, pour vous et votre bébé, de toutes les interventions (déclenchement, stimulation, forceps, épisiotomie, péridurale, calmant, monitorage continu, sérum, etc.) et de refuser celles que vous ne jugez pas pertinentes.
• De boire et de manger en tout temps.
• De pousser et d’accoucher dans la position qui vous convient le mieux.
• De limiter le nombre de personnes lors de la naissance de votre enfant (proches et intervenantEs). Si on vous dit que vous devez avoir une césarienne VOUS AVEZ LE DROIT…
• De connaître les raisons médicales nécessitant une telle intervention et les alternatives possibles.
• D’être informée sur les différents types d’anesthésie disponibles et de choisir celui qui vous convient.
• D’être accompagnée de votre conjoint ou d’une personne significative et ce, en tout temps.














